vendredi 20 janvier 2017

Je ne le dis qu'à toi...

Micro-trottoir du petit plaisir honteux:

- J'adore finir les verres en cuisine après un repas entre amis un vendredi soir

- Rien de tel que d'écouter mon ami parler cinéma en étant pompette

- Je ne peux me passer de Lee Hazlewood le samedi sinon je dépéris le dimanche au travail avec tous ces crétins 

 - Allons bon je ne peux me curer le nez qu'en voiture alors le qu'en dira quoi je me le carre là

- Je vous avoue à demi-mot que je découds les pulls tricotés par ma mémère avec mes dents allons bon

- c'est à qui qui le jeopardi est ma phrase limite lors des séances BDSM avec mon collègue de bureau

- pourquoi diantre ne m'aime-t-il pas en vacances est ma hantise qui sombre mes étés

- je meurs à petit feu de son haleine matinale

- je revis grâce à la beuh de ma petite voisine ça me revigore la retraite et ça me secoue l'anatomie 

- c'est qui sur cette photo? J'en ai l'intime en palpitant qui demande à sortir de l'incognito depuis trois semaines intenses et insensées

- mon chat m'humilie tous les soirs et je le remercie de me prendre en considération 

- je ne sais pas quoi vous répondre et je vous emmerde, ne le dites pas à ma mère elle pour qui la politesse est une seconde peau

- cette femme me plaît, elle est belle et puissante, mais si mon mari l'apprend ça le ruinerait 

- j'ai postulé à la RATP dans l'espoir secret de rencontrer Didier Wampas 

- j'aime choquer les autres conducteurs aux feux rouges avec mes plus belles boulettes de mucus nasal

- Je ne peux sortir qu'avec des dégourdies sans malice qui font la bob sans raison 

- mon chat m'ignore et ça me met en joie, arrivé au boulot j'aligne les prunes peu importe la saison

- Je mets du gel sur mes poils de mollet lors de mes RDV galants et comme Christophe j'ai un succès fou

- mon bébé pleure toutes les nuits et je fais semblant de dormir pour que mon mari le console en durcissant le regard et les rapports entre nous 

- Je ne lis que Marc Lévy car même La grande Librairie me file des angoisses ne le dites pas à mon père qui ne jure que par Sengar Ferré Roth Tchekhov Laferrière Brassens Brel et Conroy.

dimanche 18 décembre 2016

Jeu Interblog: Perfect Week - Day Seven

Farniente : La chanson parfaite que l’on écoute le dimanche matin en traînant dans le lit, pour une grasse matinée bien méritée (ou pas).

Brandee Younger, Hortense



Dimanche, enfin. 18 décembre, 14h30. Début d'après-midi, week-end qui passe à une vitesse folle, pas eu le temps ce coup-ci de préparer la veille ma sélection du thème du jour. Là c'est du concret, le vif du sujet, le pied du mur, qu'est-ce que je pourrais bien écouter... J'ai passé la nuit dernière à regarder des nanards au ciné pour une nuit hallucinée, des navets pur jus qui m'ont laissé un goût terrible. J'ai entendu tellement de répliques insensées que je suis achevée. Aujourd'hui, donc, pas de tonitruant, de culte, d'emphatique. Je veux quelque chose de tranquille, d'instrumental, une bande-son d'après-midi qui se prête bien à une envie de lire au lit, de ronronner à deux ou de rêver encore un peu. Un peu de harpe, pourquoi pas, Brandee Younger oui voilà, harpiste jazz. Je ne vais pas rappeler les influences de Dorothy Ashby et d'Alice Coltrane, les spécialistes savent, je vais juste vous laisser profiter de cette session douce au cœur d'un magasin de curiosités, quant à moi je vais aller admirer les oiseaux mécaniques et le crâne de toucan... Au plaisir, messieurs dames, de vous retrouver très bientôt.

samedi 17 décembre 2016

Jeu Interblog: Perfect Week - Day Six

Fête : La chanson parfaite que l’on écoute le samedi soir, juste avant d’aller faire la fête ou de dîner entre amis (tout dépend de votre génération et de votre dynamisme).

Betty Davis, Git In There


Everybody knows, that we got soul! 
So when you got that feeling, that good good feeling, git in there!

Trop chaud, trop lourd, l'atmosphère se charge... Betty Davis dans les veines... 
La reine du funk dans mon propre sang...
Heavy Lovely
Sassy Divinity
Faut l'entendre grogner, hurler, passer du rauque au félin pour savoir qu'on va passer une bonne soirée... 
Une voix qui ravage l'esprit,
je sais que je n'en sortirai pas indemne...

Dance, dance, dance

Si on n'en a, forcément, pas assez, on continuera avec F.U.N.K. car la nuit s'annonce longue... 
Un seul morceau ne suffira pas...
- Putain de groove -
Incantation des divinités musicales pour s'accompagner jusqu'au matin...

vendredi 16 décembre 2016

Jeu Interblog: Perfect Week - Day Five

Espoir : La chanson parfaite que l’on écoute le vendredi soir, alors que la semaine de travail s’achève, qu’un soulagement émerge nécessairement et que les projections du week-end deviennent enfin concrètes.

Sharon Jones, Get up and Get Out



Quand ton cerveau fait des bulles devant ton ordi qui grésille,
Get up and get out!
Une collègue arrive avec son petit dernier et ton chef avec un dossier, 
Get up and get out!
Tu redescends par les escaliers car trop de raclures devant les ascenseurs,
Get up and get out!
Dans le bus un frimeur te mate sans raison ni distinction,
Get up and get out!
A ta copine malheureuse tu lui implores de dire à son compagnon,
Get up and get out! 
Devant un de tes proches perdant force et goût, tu veux tant lui dire,
Get up and get out!
A tes peines, toi-même, tu hurles à plein poumons, 
Get up and get out!

Heureusement qu'il y a Sharon Jones & The Dap-Kings pour mettre le feu dans ma vie, de la soul dans ma tête et mes tripes! La voir danser avec passion, en transe, car oui sa vie en dépendait, est une des images les plus émouvantes et bouleversantes qui m'aident à mûrir. Elle rappelle Tina Turner, mais elle-même est une reine. Si je veux garder espoir, cette grande artiste est celle qu'il me faut, elle me guide par son chant et son énergie, me permettant de tenir bon quand les journées se compliquent, s'épaississent, se noircissent. Après tous les traitements, les opérations, après n'avoir été plus que l'ombre d'elle-même face aux ravages de la douleur, elle revient des abysses du désespoir pour remonter sur scène avec une fougue sidérante et une vigueur exemplaire. L'envie de danser qui monte des pieds, vers les genoux, qui remue les hanches, les bras, la tête; un mouvement vital faisant vibrer la voix qui explose dans un cri, un chant si fort, un appel à se dresser et à combattre, toujours. Elle redonne la foi, sous la forme qui sied à chacun. Sharon est toujours si émouvante, pleine de rage et d'envie de se battre, un espoir pour les malades, les perdus, pour tous les ébréchés, les fragiles et les corps brisés.

Quand mon cœur se serre de savoir Sharon partie, 
Face à la tristesse et aux idées noires,
Je pourrais enfin leur dire,
Get Up and Get Out.

jeudi 15 décembre 2016

Jeu Interblog: Perfect Week - Day For

Effort : La chanson parfaite que l’on écoute le jeudi soir, au moment où l’on effectue ce footing hebdomadaire qui nous donne bonne conscience.

Peaches, I Mean Something




Jeudi 15 décembre. 18h30. Je prends l'air, je vais tenter de courir. Que ceux qui me connaissent bien cessent immédiatement de se marrer comme des cons. J'ai même acheté des baskets, et un pantalon qui essaie d'en savoir un peu trop sur mon anatomie. Pourquoi ai-je fait ça déjà? Ah oui, recommandation médicale. J'ai le foie gras comme les oies à qui on fait de l’œil dès que le sapin est dressé, mais les nimbus qui s'y accrochent ont tenté en vain d'assombrir mon ciel maintenant dégagé. Alors quoi d'autre? Une envie de se décroûter, un défi personnel, voir si moi aussi je peux, si y a moyen que? La courbe de mon poids ou la pesanteur qui me chatouille, c'est ça le problème? Ce genre de fadaises? Repousser l'échéance de la prise de conscience? Mais si ce n'est que ça, c'est pas la peine, c'est bon, je l'ai déjà eu, cette prise de conscience. J'ai compris que je ne rentrais pas dans le moule, que je n'avais pas envie de faire partie de ce système. Jeunisme, grossophobie, misogynie par matraquages publicitaire, politique et médiatique, des pires et j'en passe. Merci, je m'aime comme je suis. Non, je vais devoir courir pour d'autres raisons, me vider la tête, faire le point, me battre. Je veux bien faire un effort. "Mobiliser mes forces physiques, intellectuelles, morales, en vue de résister ou de vaincre une résistance", donc. Je sens qu'il va falloir que je joue le tout pour le tout, j'appelle Peaches pour m'aider. La guerrière queer à crête, qui brouille les pistes du sens avec humour et qui rend à chacun toute l'étendue de sa complexité sexuelle et morale, à travers les ravages d'une provoc' salutaire dans ce monde redevenu tristement politiquement correct. Combattre la censure par l'absurde et le salace, voilà une gageure qui peut se payer cher. Fureur et insolence. La voilà qui arrive accompagnée des Legends of Burlesque, Satans Angel, Dusty Summers, Tiffany Carter, Shannon Doah et Kitten Natividad, ou quand la vieillesse n'est plus qu'une date sur le papier et l'érotisme un état d'esprit. 

No matter how old, how young, how sick, 
I mean something, I mean something, 
No matter how old, how young, how sick, 
I mean something, I mean something. 

J'avance, je me bats, je veux lutter pour des causes importantes. La compagnie de danse WIFE aux costumes surréalistes et aux performances théâtrales se joint à la marche, les rangs se forment, la foule grossit avec les membres de Deep Vally, ou encore Meliza Bañales alias Missy Fuego et Lex Vaughn, Heather Ács, les danseuses burlesques Dottie Lux, Alotta Boutté, Honey DewMee Melons...

Say you scared of me? Then scary me, 
Lookin' straight into their eyes before they bury me. 

Les copines arrivent, rendez-vous au Pink Motel avec les équipes badass de skateuses et de roller derby, quand débarque enfin Snatch Power, un collectif d'artistes "Futuristic, Post-Apocalyptic, Afro-Asiatic, Queer, Women's Liberationist" qui se veut aussi "Guerrilla Media Squad". Nickel, Margaret Cho a amené un gâteau!  

What you gotta say, gotta say?
What you gotta do?
What you gotta say doesn't matter anymore
What you gotta do, gotta do?

Il n'y a plus de cases, plus d'étiquettes; la fureur est dans le rejet des convenances et des injonctions, une irrévérence au service de la liberté des vies sans compromis. 

No matter how old, how fucked, how shit
I mean something, I mean something,
No matter how old, how fucked, how shit,
I mean something, I mean something.

Mantra hypnotique, revendication féministe. You can push me, no stare down.

mercredi 14 décembre 2016

Jeu Interblog: Perfect Week - Day Three

Candeur : La chanson parfaite que l’on écoute le mercredi après-midi, telle une madeleine de Proust, lorsque la présence d’enfants dans les rues nous rappelle quelques souvenirs de jeunesse.

Juliette, Les Doigts dans le nez




Mercredi 14 décembre. 17h. Je suis dans ma chambre et je dois encore écrire mon texte que j'ai de nouveau eu la bonne idée de repousser jusqu'au dernier jour. J'ai envie de m'arracher les cheveux, pourquoi je fais tout le temps ça? Ah oui, je sais: je déteeeeeste les rédactions. Ça sert à quoi? Ça intéresse qui? Pas le prof en tout cas! C'est à peine s'il me calcule! Oui bon c'est vrai, je suis dans le fond de sa classe, à coté de la fenêtre toujours pleine de buée, coincée entre la table et l'armoire, à écrire à un copain qui devra supporter le cours l'heure d'après. Et puis c'est quoi ce thème qu'il nous a pondu, Monsieur El Norton? Une madeleine de Proust? Comment peut-on en avoir une quand on est encore une sale gosse? Ça c'est pas moi qui le dis, c'est ma mère. N'empêche, je me marre, les copains de la 3B eux ils doivent écrire une rédac sur l'effort, un truc avec du footing ou chai pas quoi. Leur tête quand ils sont sortis de cours, dépités qu'ils étaient! Il est fou, ça surchauffe trop en salle des profs... Puis je le connais, va falloir qu'on trouve un sujet pointu, une trouvaille inédite, un truc capillotracté qu'on sera pas toute la classe à sortir! Si on est douze sur du mainstream il va lever les yeux au ciel et adieu la moyenne ce trimestre! Ce serait bien que je sois peinard pour les vacances de Noël, j'ai pas envie de me retrouver enfermée dans ma chambre avec toutes les chroniques indies de 2016 à potasser. Minimum... Au secours! Comment je vais faire? Nan, pas l'ombre d'une bonne idée. Bon, va falloir que je m'en sorte avec panache. Quitte à échouer, autant être hors-sujet. Je vais lui bricoler un truc, moi, au père El Norton. Tant pis pour la punition, je fuierai par la fenêtre de ma chambre avec le premier gros riff de guitare, blues, rock ou hard, qui se présentera. Bon, réfléchissons. Je veux pas penser à hier, moi, je veux penser à demain. Quand je pourrais écouter ce que je veux sans qu'on me fasse un dessin. Qu'on me pèse le pour et le contre. Qu'on me secoue le bras aux murmures d'une chanteuse ou au climax d'une orchestration parfaite. Qu'on attende de moi que je sois ébahie devant la progression d'un son. Y en a même qui me pincent en disant "Dis, t'écoutes? T'entends? C'est là... juste là!" avant de prendre un air navré quand ils voient que je suis juste un cas désespéré. Mais ça va bientôt changer. J'ai de grands projets. Quand je serai grande, je veux être Juliette. Oui, Juliette, la belle Juliette Noureddine, le talent qui ne prend pas de gants, l'épanouie déclassée, la pensée libérée, la poésie à bout portant. La femme qui sait tout chanter, qui raconte avec plaisir, sourire aux lèvres. Le rire en soie de peau. Oui, j'ai trouvé ma chanson, les doigts dans le nez. C'est le cas de le dire. Je vais creuser, aller chercher la beauté. Farfouiller, prospecter. Dénicher ces trésors de poussière et d'or. Je vais lui coller des rimes, des vers, et même du subjonctif. Il va pas en revenir.

mardi 13 décembre 2016

Jeu Interblog: Perfect Week - Day Two

Introspection : La chanson parfaite que l’on écoute le mardi midi, lorsque l’on s’isole pendant la pause méridienne pour se retrouver avec soi-même.

Ô Paon, Sainte Patronne de Rien Pantoute



Mardi 13 décembre. 12h30. Je fuis enfin le bureau, prétextant une course au gros centre commercial d'à côté. En réalité je ne compte pas y mettre un pied. Si d'autres y passent leur pause déjeuner, je le fuis toute l'année, hors de question donc de me farcir la foule en cette période apocalyptique d'avant Noël. Dehors, enfin. Je n'attendais pas la venue du soleil, j'accueille avec sourire les quelques rayons qui percent les nuages avec peine. Je m'éloigne du pèlerinage des passants, pressés, emmitouflés, vers les grands magasins, et je m'assieds, à l'abri des regards de ceux qui pourraient me reconnaître et me tenir compagnie, alors que je n'en ai clairement pas envie. Je veux être seule. Je n'ai pas le goût des civilités exagérées. Je n'ai que faire des commérages, des faussetés, des rancœurs quotidiennes toujours déplacées, le ciel est lourd pour des raisons bien plus importantes que ces conneries. Quand même le bon dans mon job ne suffit plus, les barrières se dressent, les œillères se placent, l'armure est mise, je me préserve. Dans mon coin je peux lâcher prise. Je pense à moi le temps légal de pause toléré par la sainte hiérarchie. Quand mon propre corps devient un cri mais que je n'ai le droit qu'à un râle, je prends le temps de réfléchir, de tempérer mes colères avant d'expirer dans l'air glacial, qui heureusement oppresse mon corps lourd de rage et de regrets. La voix d' Ô Paon fait disparaître les quelques larmes d'épuisement, Sainte Patronne de Rien Pantoute. Une pesanteur dans cette voix d'apparence si fragile, qui devient violence de la chair, une emprise viscérale, la boucle devient lancinante, hypnotique, magnétique, les chœurs s'envolent dans l'atmosphère lourde, je ressors de là, épuisée, mais saine et sauve. Guérir le mal par le mal. Je n'ai plus peur. Je suis calme, au milieu de la tempête.

Sois en paix, Geneviève Castrée Elverum, Tu es la Lumière.

lundi 12 décembre 2016

Jeu Interblog: Perfect Week - Day One

Motivation : La chanson parfaite que l’on écoute le lundi matin, au moment du café ou dans la voiture pour aller au boulot, afin de nous donner l’énergie nécessaire pour affronter une semaine éprouvante.

Courtney Barnett, Pedestrian At Best



Lundi 12 décembre. J'éteins mon réveil, je grogne et je retombe face contre l'oreiller. Je ne suis pas du matin diront les plus perspicaces. Je n'ose pas bouger. Je sais que si j'ouvre un œil, la lumière des réverbères filtrant à travers le volet frappera de plein fouet mon cerveau engourdi et ce sera foutu, les rouages mécaniques corporels m'obligeront à reprendre conscience. Je ne veux même pas savoir quelle heure il est. Si je suis en retard (et je le suis à coup sûr, j'ai du éteindre ce satané réveil autant de fois qu'il me manque d'heures de sommeil), je devrais sauter hors du lit et affronter toute cette merde. Attraper des fringues, coller un peigne dans ma tignasse, sauter le petit déj et courir derrière le bus, je connais la rengaine par cœur et elle me colle à la peau. Un spasme de la main, le chat m'a vu, le voilà assis sur mon dos. Le petit salaud pèse trois tonnes, ma colonne vertébrale menace de briser, je sens mes côtes ployer sous ce poids indécent. Un saut de carpe du désespoir plus tard, un pied sur le carrelage aussi refroidi que mes envies, me voilà assise au bord du lit. 7h18, je grince des dents. La semaine commence mal, j'ai cinq bus de retard. Douze minutes plus tard, me voilà dehors, tant bien que mal, échevelée et hargneuse. J'ai envie de mordre le monde entier. Température de décembre, coup de fouet salutaire. Je profite de la claque de l'air vif pour respirer un bon coup et penser à ce qui m'attend au bureau. Qui est absent, heureusement, et qui est toujours là, obstinément présent, le sourire hypocrite aux lèvres. Les voitures passent sous mes yeux, des habitacles vides, un conducteur pour chaque véhicule, autant de solitudes que d'absence de certitudes. Les personnes regroupées sous l'abribus ont l'air d'être frigorifiées, comme si elles allaient mourir dans moins de deux minutes. Depuis quand les gens sont-ils devenus si fragiles? Si proches de se briser, de s'effacer. Dans le bus bondé, le chauffage à fond, les toux, les crachats, l'hiver est bien là, aucun doute n'est permis. De longues minutes plus tard, je m'échappe de cette boîte de pétri sur roues, où toutes les bactéries du monde semblent s'être donné rendez-vous pour une orgie qui s'annonce légendaire. Mon premier moment préféré de la journée est arrivé. Musique sur les oreilles, je me réserve une petite marche d'un quart d'heure pour arriver au travail, un petit plaisir ridicule qui me donne le sourire et me défronce les sourcils pour la première fois de la journée. Des instants rien qu'à moi, variant chaque jour au gré de mes retards et des saisons jouant avec les lumières matinales. La farce est douce-amère, mais il faut la vivre. Sarcasme et légèreté. I must confess, I've made a mess of what should be a small success, But I digress, at least I've tried my very best, I guess. Courtney est une pote qui ne vous lâche pas, même quand les choses s'annoncent difficiles, qu'on a déçu quelqu'un ou qu'on a été trahi par une personne qu'on aime, et qu'il faut continuer à avancer. On jongle avec les peurs, les angoisses, on frôle la folie quand on pense à nos amours. Bipolaire sur le fil du rasoir. Why even bother? It won't be with me on my deathbed, but I'll still be in your head. La vie est absurde, tout est mal branlé, bancal, incertain. On se demande sans cesse si le jeu vaut le coup d'être joué mais chaque matin on démarre une nouvelle partie. I've got no idea how I even got here. Forte et fragile à la fois, je sais seulement que j'ai envie d'aller jusque bout, malgré tout.

mercredi 30 novembre 2016

Sous le soleil de midi


" Ça va toi en ce moment ? 
- Mollement. Je me traîne. Et toi ?
- M'en parle pas. Je dois couver quelque chose, une emboliose ou une névrose, je ne sais pas. Je me sens oppressée.
- Une emboliose ? Tu veux dire une scoliose ? T'as mal où ?
- Partout. Je geins à chaque pas. Patrick détourne les yeux, ça m'aide pas. Je le nourris avec du premium et il ne daigne même pas se frotter à mes jambes quand je suis là. Hier il est carrément sorti de la pièce quand je suis rentrée du travail. 
- Pouah ! Parlons-en du travail ! Je t'avais dit que mon service avait implosé ? Restructuring du front-office au back-office, tout pour le winning mais total emmerding. Du gros branling, on ne peut plus annoying. Le chef a redistribué les missions, il m'a zappé du listing ! Je me sens souillé. Heureusement que sans moi il est foutu, il ne connaît rien des gros dossiers ! Il a tenté de récupérer le coup en me mettant sur Tranchand-Venin, mais je lui ai dit: " Vous voulez que je fasse des heures supplémentaires ?! Sachez que même cinq personnes assises sur mon corps ne m'empêcheront pas de quitter le bureau ce soir ! "
- Non mais c'est ambiant, c'est affreux. Il y a vraiment quelque chose de pourri dans le monde du travail. Dire à ses collègues " Vous serez gentilles de siffler si je ronfle pour ne pas que je me fasse attraper" et les entendre pousser des cris d'orfraie ou pire, devoir supporter leurs regards lourds de sens, on peut franchement dire que je m'attendais à un peu plus de solidarité, qui plus est féminine. 
- Les garces. 
- Trois buses, deux vipères, une morue.
- Tu leur avais dit que t'étais crevée après le mariage de Jean-Mi ? 
- Ouais, mais ça n'a pas empêché. Faut dire qu'il ne les a pas encore remercié pour l'extracteur de jus.
- Oh ben si elles n'y mettent pas du leur aussi... Bon, allez, je vais y aller quand même. Y a debriefing  post-depressing. Tu feras un saut chez Dumollard en partant ?
- Oui, je lui transmets tes amitiés ?
- Hahaha, t'es con ! Demande à ce tocard s'il a retrouvé sa dignité ! Bises à Patrick ! Pense à lui apporter du hachis, il te fera moins la gueule !
- Je n'y manquerai pas, merci du conseil ! "

La palette de la cuisinière